Les Liens Du Sang

Vous avez demandé la police, ne quittez pas

Affiche Les Liens du Sang

Nous déplorons suffisamment la disproportion au sein de l'Hexagone entre les productions de FAA vendues par palettes de douze et le peu de films de genres divers qu'il nous aurait semblé idiot de ne pas évoquer ici le dernier film de Jacques Maillot.


Car mine de rien,
Les Liens Du Sang sort sur des écrans français sur lesquels se sont succédés ces dernières semaines Le Dernier Gang, La Clef, Cortex, et s'apprêtant à accueillir L'Ennemi Public n°1 de Richet, ainsi que MR 73, le nouveau  Olivier Marchal (le 12 mars prochain). Certes, nous sommes encore loin (voire très loin) de Exiled, Zodiac ou We Own The Night, mais tout cela reste encourageant et bien mieux qu'un Six-Pack, un Rivières Pourpres 2 ou une quelconque Bessonerie.
De
We Own The Night, Les Liens Du Sang exploite d'ailleurs le même thème : la relation entre deux frères, l'un flic, l'autre bandit. Or là où James Gray se servait de l'opposition familiale comme moteur même du récit en faisant évoluer la dramaturgie de son film de la confrontation familiale vers la réconciliation, servant ainsi l'intrigue policière, Maillot, lui, effectue le chemin inverse, nous montre d'abord la longue réconciliation pour finalement illustrer le glissement de Gabriel (François Cluzet, ici le bad guy) vers l'autre côté de la barrière. C'est pourquoi la première moitié du film semble figée dans une langueur intimiste teintée d'orange et de coupes mulets (70's obligent), durant laquelle le cinéaste s'attelle à nous présenter les sentiments (fraternels, amoureux) de ses deux personnages et la tentative de réinsertion de Gabi façon Belle Equipe, qui échouera et précipitera la tragédie.

Les Liens du Sang
"Tu sais Guillaume, il en faut du travail, pour avoir une si jolie pornstache".


Reconstitution minutieuse d'une histoire vraie (comme le sont
36 Quai Des Orfèvres, Le Dernier Gang et L'Ennemi Public n°1 : enfin le cinéma français s'intéresse à ses bandits !), Les Liens Du Sang est typiquement le film victime du trop plein documentaire accumulé par son auteur. Si l'ambiance et le milieu du gangstérisme de l'époque sont admirablement restitués (quel bonheur ces chemises transparentes sous lesquelles s'affichait un fier marcel), le récit peine non seulement à trouver son rythme mais surtout à impliquer le spectateur lors de l'acte le plus important qu'est la confrontation. Comme pris au piège par son souci de réalisme, se pliant invariablement aux faits, Maillot semble incapable d'emmener son récit dans la dramaturgie que requiert ce genre de film, tant et si bien que les rares ajouts "cinématographiques" font plus pièces rapportés qu'autre chose (voire par exemple les scènes d'amour : des plans fixes de quelques secondes, n'apportant rien si ce n'est une sensation de faux, ce qui n'aide pas l'intention initiale du projet). Si a l'aise dans la première partie pour développer les relations entre les protagonistes, le cinéaste se contente donc d'enchaîner les scènes dans la seconde moitié, suivant en parallèle le flic et le truand vaquant chacun à ses occupation, avant qu'un final tombant comme un cheveu sur une soupe tiède ne les rejoigne finalement. La manière dont est écrite et amenée cette dernière séquence, totalement inventée pour les besoins du film, illustre certainement la difficulté qu'eut Maillot pour se défaire de sa recherche documentaire tant elle laisse un sentiment de précipité et de facilité scénaristique qui détonne salement avec la rigueur de la reconstitution qui servait jusqu'ici de colonne vertébrale au projet. Dommage.

Malgré tout
Les Liens Du Sang reste un bon petit polar (du moins, meilleur que les trois qui se sont succédés en salle dernièrement), la prestation de Guillaume Canet et des cheveux de François Cluzet aidant. On aurait juste aimé que l'auteur ne se serve pas seulement du contexte policier pour dépeindre un drame familial somme toute assez commun, mais avant tout pour mettre en exergue ces sentiments dans une réelle tragédie assumée, c'est-à-dire ne pas craindre à ce point la fiction pour n'y aller qu'à reculons.

5/10
LES LIENS DU SANG

Réalisateur : Jacques Maillot
Scénario : Jacques Maillot, Pierre Chosson, Eric Veniard d'après le livre de Bruno & Michel Papet
Production : Jean-Baptiste Dupont & Cyril Colbeau-Justin
Bande originale : Luc Pages
Origine : France
Durée : 1h46
Sortie française : 6 février 2008

 




   

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