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Critique par ZUG le 3 février 2010

Foi sans issue

Affiche Le Livre d'Eli
Inexplicablement, le nouveau film des frères Hughes se voit taxé de bondieuserie insupportable à cause de la spiritualité affirmée de son personnage principal. Un mysticisme de soi-disant mauvais aloi qui transformerait la quête d’un homme en parcours messianique. Bon Dieu, mais ce formidable western post-apocalyptique mâtiné de road-movie et de comic-book est pourtant très loin de prôner une croyance salutaire.

Décidemment, les films contant la fin du monde ont le vent en poupe. On se croirait presque revenu une décennie en arrière lorsque le passage à l’an 2000 avait suscité une peur millénariste exploitée jusqu’à la lie (La Fin Des Temps). Tandis que ces films exprimaient la crainte d’un bouleversement radical une fois basculé dans le nouveau siècle, les récentes productions telles que 2012, The Road, Avatar (la Terre à l’agonie nécessite l’extraction du précieux minerai de Pandora) et ici Le Livre d’Eli intiment plus volontiers à opérer des changements drastiques dans nos comportements sociaux et privilégier l’ouverture d’esprit et la préservation de connaissances. Soit une humanité au bord du gouffre dont la survie est conditionnée à des valeurs humanistes de partage et d’amour de son prochain. Et le partage des pains dans la gueule, Eli s’y emploie avec énergie ! Ce personnage à l’accoutrement paramilitaire et aux postures diablement iconiques traverse de part en part, direction la côte Ouest, les Etats-Unis avec pour farouche mission de porter à bon port un mystérieux livre, objet des convoitises de Carnegie (Gary Oldman), maître d’une ville délabrée.

ON THE ROAD AGAIN
Dans ce paysage de désolation au sens propre (tout n’est que ruines ou bâtisses brinquebalantes) et figurée (suprématie des instincts primaires), de couleur cendre et baigné d’une lumière aveuglante, la moindre trace d’humanité  est aussi précieuse que l’eau se faisant rare. Etrangement, le monde dépeint dans le film évoque des similitudes esthétiques saisissantes avec The Road de John Hillcoat sorti quelques mois plus tôt, comme si on se trouvait en présence de deux adaptations du même roman de Cormack McCarthy. Cependant, les frères Hugues empruntent leur propre voie et livrent des images d’une beauté et d’une puissance incroyables. Avant tout développement thématique, il s’agit pour eux de raconter une bonne histoire et construire un monde crédible puisant à diverses sources créatrices. Si on pense inévitablement à Mad Max 2, on retrouve des éléments propres au western (voyage vers l’Ouest, confrontation dans la grand rue de la ville, entrée dans le saloon…) définissant le retour à une sauvagerie primaire voire primordiale accentuée par les bandes de barbares ou les cannibales rencontrés le long du chemin.

Le périple d’Eli sera ainsi ponctué de confrontations violentes avec cet environnement agressif, ce qui donnera lieu à de superbes combats, entre celui à contre-jour sous un tunnel ou cet autre dans un bar que les mouvements circulaires de la caméra transforment en arène ou encore cette séquence montrant le siège assourdissant de la maison où s’est réfugié Eli. Des luttes formellement marquées (Franck Miller, Zatoïchi, western, films d’action) qui, aussi excitantes soient-elles, permettent avant tout de définir le personnage principal qui nous apparaît comme un survivant déterminé et impitoyable, bien qu’ayant une mission précise et suivant une route toute tracée, semble s’être égaré. En effet, après avoir occis, à coups de son énorme machette, un groupe d’hommes cherchant à le dépouiller, il ne portera pas secours  à un couple attaqué par un gang de motards en contrebas de l’endroit où il s’est dissimulé, psalmodiant "Ne te détourne pas de ta route, cela ne te regarde pas". Cette ambiguïté voire même cette ambivalence, Allen et Albert Hughes vont la cultiver et l’accentuer  en faisant de leur "héros" un homme habité par la foi, quidé par une voix (celle de Dieu, émanant de son I-Pod, la sienne ?) et charriant dans son sac à dos le dernier exemplaire de la Bible du roi James afin de la mettre en lieu sûr.

Le Livre d'Eli

HOMME SANS PEUR (attention spoilers inside !)
Un personnage qui va cristalliser le malaise ressenti face à un prosélytisme fantasmé par certains presque aussi aveugles que Eli. La révélation finale de son handicap physique vendu par la production comme un twist n’en est pas vraiment un. Un coup de théâtre qui semble redéfinir à priori ses actions sous l’angle du surnaturel (le gunfight en pleine rue et la précision des tirs d’Eli, il tue d’une flèche un oiseau en plein vol, etc…) comme guidées par une main invisible alors qu’à postériori, il éclaire plutôt la subtilité de la réalisation des frangins qui ont disséminés un nombre conséquent de signes qui auraient dus nous mettre sur la voie. Dans la fratrie des réalisateurs, l’un s’occupe plus précisément de la composition des cadres quand l’autre défini l’ambiance sonore. Le Livre d’Eli est ainsi sans conteste leur film qui utilise et illustre au mieux leur complémentarité puisque chaque action d’Eli est précédée d’un son lui permettant de délimiter l’endroit où se trouve sa cible. Le miaulement du chat dans la scène d’ouverture, la voix du bandit de grand chemin qui pose ses mains (avant de les perdre !) sur son torse, le bruit des pas d’un homme de main de Carnegie traversant la rue en courant (on le voit baisser et tourner la tête de profil en signe d’écoute), le battement d’ailes d’un oiseau… Certes, les combats rapprochés traduisent des capacités hors-normes mais on a plutôt affaire à une sorte de Daredevil qu’à un fou de Dieu obéissant à des ordres venus d’en haut. D’ailleurs, nous n’entendrons jamais cette voix, laissant planer le doute sur la santé mentale d’Eli.

Et quand bien même la foi d’Eli, comme sa lecture des Ecritures, est circonscrite à sa sphère privée (il lit à voix basse et lorsqu’il est seul, il ne prêche pas – on peut même dire qu’il pêche – et ne tente pas de convaincre les autres des vertus de la parole de Dieu) et carctérise avant tout son personnage, on reproche au film un sous-texte religieux et bigot. Parce que Eli joint ses mains à celles de Solara, la fille de son ennemi, pour prier ? Mais ce n’est pourtant pas une invitation à croire, Eli ne fait que partager sa spiritualité  et lui montre un chemin, une voie qu’elle sera libre d’emprunter ou pas. Car si elle le suit physiquement, il ne faut pas oublier qu’in fine, elle s’en retournera vers chez elle adoptant certes la défroque du voyageur mais pas vraiment ce qui l’animait, se détournant (pour un temps ?) de la connaissance et préférant s’affubler du coutelas de Eli. Une foi qu’Eli définit à Solara en citant les paroles d’une chanson de Johnny Cash. On est quand même loin du bourrage de crâne. De même, Eli reconnaît son propre aveuglement métaphorique en avouant s’être détourné de l’enseignement prodigué par sa lecture quotidienne ("Donne aux autres plus qu’à toi-même"). Pas vraiment ce que l’on peut définir comme la figuration d’un prophète.

Mais peut être que les Hughes n’ont pas assez insisté sur la volonté d’asservissement des masses par les mots qu’espère Carnegie. La puissance du Verbe qu’Eli neutralise en lisant pour soi. On ne connaît pas l’origine de la catastrophe (nucléaire ? religieuse ?) mais les hommes (en signe de contrition ?) ont jugés utiles de brûler tous les écrits religieux. Pourtant, ce ne sont pas les métaphores et allégories contenues dans la Bible, Torah ou le Coran qu sont néfastes mais bien leur usage et leur interprétation.

Le Livre d'Eli

Tandis que la foi est une question de signes et symboles à percevoir puis décrypter, les Hughes agissent de même avec leur film (les indices sur la nature du Livre, sur le handicap d’Eli) qui s’avère une ode à la connaissance. Et en matière de force symbolique, difficile de faire plus parlant que conclure l’aventure à San-Francisco considérée dans les années 70 à l'avant-garde de l'émancipation des minorités et des droits civiques (le programme des Black Panthers, "Free Breakfast for Children Program ", contreculture hippie, berceau du mouvement beatnik, emblème de la lutte pour les droits civiques des homosexuels…). Plus précisément, le film se conclut dans la prison d’Alcatraz reconvertie en sanctuaire de la connaissance puisqu’y sont rassemblés les vestiges d’une vie culturelle, scientifique et cultuelle en lambeaux. Un site qui à l’origine était un phare et qui ainsi retrouve cette fonction désormais parabolique. La Bible qui trouve naturellement sa place entre la Torah et le Coran, trois ouvrages traversés par les pérégrinations du prophète Eli.

Mais plutôt que de se focaliser sur l’expression finale de son inextinguible foi, il est plus intéressant et sans doute pertinent de considérer le personnage d’Eli comme le prolongement de celui interprété par Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction. Jules Winfield récitant un verset de la Bible avant chaque exécution de contrat (Eli citant un passage avant son combat dans le bar) qui après avoir miraculeusement échappé à un canardage en règle à bout portant (les balles semblant éviter Eli), cherchera la rédemption et émettra le souhait de traverser le pays à la manière de David Caradine dans la série Kung-Fu (Eli parcourt le pays depuis trente ans). Mais c’est Eli qui aboutira finalement et adoptera une tenue en rapport à son accomplissement spirituel tandis que Jules ne pourra se vêtir que d’un ensemble digne d’un joueur de beach volley.
7/10
THE BOOK OF ELI
Réalisateurs : Albert & Allen Hughes
Scénario : Gary Whitta
Producteurs : Joel Silver, David Valdes, Denzel Washington, Richard D. Zanuck…
Photo : Don Burgess
Montage : Cindy Mollo
Bande originale  : Atticus Ross, Leopold Ross, Claudia Sarne
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h58
Sortie française : 20 janvier 2010

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 1 Posté par Vae le 04 février 2010 à 01:30

... 
 
Déconnez pas. Ok y a quelques bonnes idées dans le film comme le personnage principal qui est en fait aveugle (twist un peu prévisible mais sympa) ou l'ode à la connaissance et à sa foi intérieur plutôt qu'au fanatisme et à la manipulation de masse. C'est tout. Le reste est vraiment pas passionnant.  
 
Je déteste les monde futuristes sans eau où les nanas sont toujours propres et ont les cheveux doux (exception pour la seule qui se shampooine depuis des décennies), les méchant qui clament haut et forts qu'ils le sont et qu'ils veulent manipuler tout le monde (Oldman tu me déçois !), etc.  
Étrangement, j'ai eu un certain intérêt pour le lieutenant du bad guy. je ne sais pas si c'est parce que l'acteur avait précédemment joué Titus Polo dans Rome, mais j'ai trouvé le personnage légèrement intéressant. 
 
Je ne prétends pas être un critique, et encore moins un bon critique mais là merde, faites un effort, le film vaut un 2,5 voire 3.
 2 Posté par Kll M le 04 février 2010 à 13:51

Oui à tes yeux, qu'on n'apprécie pas les choix scénaristiques, c'est un fait, mais le film regorge de séquences visuellement impressionnantes, d'un message unniversel naïvement exprimé, et d'une mise en scène maitrisée de bout en bout si on ferme les yeux sur l'elipse finale. 
 
Après, franchement, c'est irrespecteux de balancer le twist en début de texte, c'est bien de ne pas se prétendre critique, mais faudrait aussi respecter ceux qui lisent les commentaires pour se faire une idée du film, juste une idée. 
 
Pour moi le film vaut son 7/10 (voire 8) et l'année commence bien.
 3 Posté par Jerome le 04 février 2010 à 14:31 | website

Arf. J'osais pas le dire mais j'ai pris le spoiler en pleine tronche.
 4 Posté par geouf le 04 février 2010 à 15:55 | website

J\'avoue que moi aussi j\'ai du mal a admettre le 7/10 sur ce film. Je suis d\'accord qu\'il n\'a rien du \"film catho puant\" que certains critiquent (Kevin Prin de Filmsactu, si tu m\'entends...). Je suis aussi d\'accord sur le fait que les images sont magnifiques et les combats impressionnants, mais cela n\'empeche pas que le film regorge de tres gros defauts. 
Comment pouvez-vous dire que le film presente \"un monde credible\", honnetement? Cela fait 30 ans que la catastrophe a eu lieu, que le monde a ete detruit, que l\'humanite a perdu toute connaissance (ils ne savent meme plus lire), et pourtant, les mecs ont des voitures en parfait etat de marche, avec de l\'essence (ca fait 30 ans je rappelle !), les filles sont belles et propres (alors que le personnage d\'Oldman affirme qu\'on ne trouve plus de shampoing), Eli trouve des batteries en etat de marche pour son ipod... Je vais m\'arreter la, vous aurez compris mon point de vue: le monde developpe n\'est jamais credible et ca gache totalement l\'implication qu\'on peut avoir dans le film. Surtout que, manque de bol, le film debarque apres le sublime The Road, qui lui proposait un monde postapocalyptique credible et reellement impitoyable... 
En plus de ca, le personnage de Mila Kunis est insupportable, Gary Oldman cabotine comme un fou, et meme le twist est peu credible (SPOILER: faudra m\'expliquer comment en etant aveugle, Eli trouve illico la boutique du village ou meme le bar FIN SPOILER). 
 
Bref, ca ete une tres grosse deception pour moi, a mon avis il ne vaut pas plus de 5/10.
 5 Posté par KllM le 04 février 2010 à 20:37

Sans faire l'avocat du diable, je pense qu'une seconde vision est necessaire pour certains détails comme la boutique ou le bar. 
 
En ce qui concerne les filles, on en croise pas des masses, et j'ai pas eu l'impression qu'elles étaient toutes propres, seul l'héroïne (dont le beau père est Oldman) fait, soyons honnête, un peu bimbo. 
 
Pour Oldman, je ne trouve pas qu'il cabotine "comme un fou", il est fou, assoifé de pouvoir, je trouve l'idée assez interessante bien qu'un peu maladroitement retranscrite. 
 
Pour les voitures, je ne vois pas ou est le problème, c'est un peu comme dire qu'il y a des munitions à gogo. 
 
D'une, il faut tout de même éviter de regarder le moindre détail, mais surtout, en trentre ans, il peux y avoir des procédés de substitution. 
 
Le scénar reste volontairement évasif sur le sujet, pourquoi chercher une justification à tout prix ?
 6 Posté par Zug le 04 février 2010 à 21:21

Vous parlez du spoiler concernant la spiritualité d'Eli (sa foi) et la bondieuserie que certains voient dans ce film ? Désolé si cela vous a gâché la surprise, sincèrement. Mais vu que partout ailleurs on soulignait l'excès catho supposé, je pensais pas qu'en parler dans l'intro serait choquant. 
Encore une fois, désolé. 
Après, concernant la crédibilité de l'univers, les défauts relevés par Geouf ne m'ont pas trop gêné. L'important ne réside pas seulement dans ce genre de détails ou la nécessité de se conformer à une certaine réalité mais bien de proposer un univers cohérent à l'aune des références qu'il mixe. J'ai utilisé ce terme de crédible car aucun défaut (ils existent) ne m'a déconnecté de la fiction. 
"SPOILER : faudra m\'expliquer comment en etant aveugle, Eli trouve illico la boutique du village ou même le bar FIN SPOILER"  
Fastoche, il a des super-sens hyper-développé comme Daredevil ! :)  
Okay, c'est pas vraiment explicité et laisse la place à diverses interprétations (chance, "super-héros", guidé par Dieu, folie ?...) mais c'est justement cette ambiguïté, ce mystère qui est intéressant. 
Et je ne l'ai pas abordé dans mon papier mais le fait qu'il récite par coeur, en toute fin, le livre qu'il a lu et relu pendant 30 ans m'a rappelé le final du roman Fahrenheit 451 de Bradbury, chacun connaissant par coeur et récitant un ouvrage disparu, une manière de perpétuer la connaissance qui s'avère une efficace forme de résistance.
 7 Posté par dud le 05 février 2010 à 01:41

Pour le spoiler ça ne s'adressait pas à toi Zug, mais au premier commentaire, celui de Vae, qui a été édité depuis. 
Sinon le livre d'Eli je trouve que ça rosque.
 8 Posté par Zug le 05 février 2010 à 06:39

Ah, okay. Je n'avais pu lire le commentaire original de Vae donc je pensais que...
 9 Posté par oui le 12 février 2010 à 22:57

Une critique bien plus proche de ce que je penses de ce film limite grotesque: 
 
http://www.ecranlarge.com/movie_review-read-13450-64131.php

Ouvrez-la ! Avec pertinence et correction. Tout troll sera automatiquement supprimé.
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