Le Bal De L'Horreur

Mort… de honte

Affiche Le Bal de l'Horreur

Depuis le succès inespéré du remake de Texas Chainsaw Massacre, les projets estampillés horror revival se bousculent au portillon, parallèlement à la vague dirty horror représentée principalement par les sagas Hostel et Saw.


Ces remakes adoptent un point de vue plus réaliste, dramatique ou psychologique et surtout plus violent. Une violence par ailleurs symptomatique, résultante d’un besoin cathartique évident. Si les indéniables qualités de certains titres (La Colline A Des Yeux) se trouvent sublimées par un traitement intelligent, d’autres (Fog) n’ont fait qu’offenser un grand nombre d’adulateurs envers un genre dont la popularité évolue inlassablement de manière sinusoïdale. Un constat important puisque le genre horrifique donne cette mauvaise impression de ne toujours pas être considéré comme essentiel, perçu aux yeux d’une majorité comme du simple divertissement pour adolescents (ou "adulescents") en mal de sensations fortes. Pire, il est même parfois la cible de réactionnaire qui y voient une apologie de la violence n’hésitant pas à accuser certaines œuvres d’encourager à assouvir nos instincts les plus primaires (tel que Scream, film qui évoque justement ce problème).

SOUVIENS-TOI, LES FAITS PASSES

La franchise Prom Night originale ne fait manifestement pas partie de ce groupe. Composées de quatre opus, elle reste avant tout un mélange pour le moins nanardesque de teen movie (ou plutôt campus movie) et de slasher, lorgnant plus souvent sur Carrieque sur Halloween. Une saga surtout destinée aux amateurs indécrottables de ce sous-genre ridiculisé par la trilogie de Wes Craven et destinée à un jeune public américain qui prend un pied énorme à se reconnaître dans chacune des situations exposées (compétitions, cours et surtout bals de promo). Futiles comme certaines des nombreuses suites des sagas Halloween et Friday The 13th, les Prom Night sont donc dispensables et n’ont qu’une portée limitée.
Cette nouvelle mouture prend dès le départ une distance avec ses prédécesseurs : si la trame reste sensiblement la même (massacre de jeunes pendant un bal), les enjeux de départs sont clairement différents. Donna, dont la famille a été massacrée trois ans auparavant par un psychopathe épris d’elle, va se rendre à son bal de promo (d’où le titre…). Accompagnée de ses deux amies et des trois petits amis, elle ne sait pas que le tueur responsable de son trauma s’est évadé pour la rejoindre et accomplir son principal dessein, la trucider.

Le Bal de l'Horreur
Pas encore le bal, mais déjà l'horreur


Les intentions des producteurs sont limpides, il leur paraissait nécessaire de  s‘éloigner des standards submergeant les salles obscures. Prom Night passe donc du slasher basique sanglant au thriller hitchcockien pour étudiants nostalgiques. Le réalisateur Nelson McCormick, coutumier des séries télé (Urgences, New York 911 et Nip/Tuck) est ainsi sollicité, lui donnant l’occasion de réaliser ici son premier long-métrage. Ses connaissances du genre vraisemblablement limitées laissent penser qu’il ne l’apprécie seulement pour les souvenirs d’enfance qui en émanent. Il en résulte une expérience difficile à évaluer, et dont l’intonation pendant cette une heure et demie (format standard donc) vire progressivement et dangereusement vers la parodie.

MASSACRE SUR PELLICULE
Pourtant, les diverses déclarations des producteurs et auteurs nous laissaient augurer le contraire. Le spectacle se devait être référentiel, novateur et surtout bourré de suspense. Manque de discernement ou mépris du genre, Prom Night est avant tout un film pathétique handicapé par une approche antithétique si on s’en tient aux promesses. Le premier problème provient principalement de la réécriture jugée comme essentielle, l’engagement des auteurs se matérialise en un scénario où les enjeux se limitent au strict minimum, des personnages sommaires et stéréotypés qui déambulent dans un hôtel où se déroule une soirée (plutôt une boom). Du début à la fin, l’histoire n’évite aucun poncif, enchaînant les scènes les plus prévisibles sans se soucier de l’intérêt de celle-ci.
Car l’erreur la plus flagrante sur ce bal de l’horreur provient du prétexte énoncé par ses géniteurs pour écoper d’un PG-13, leur évitant de limiter les dégâts en cas de bide commercial. Si le premier Prom Night avait connu autant de succès, c’est bien parce qu’il était destiné à un public spécifique. Or, en espérant conquérir un public plus large, les auteurs l’allège du peu d’intérêt qu’on pouvait lui porter. Il en résulte un simple thriller dénué de violence, n’exploitant aucune des pistes qu’il engage et demeurant de ce fait très ennuyeux. D'autant plus que le scénario déjà très usité en soi devient involontairement caricatural tellement les situations et dialogues sentent le déjà-vu et ne permettent à aucun moment de ressentir une tension résultante d’un soi-disant suspense. On a donc la mauvaise impression d’assister à un exemple à ne pas suivre, un condensé des scènes à ne pas intégrer si l’on veut un minimum surprendre, même si au détour de quelques scènes les auteurs tentent de détourner les codes, mais l’effet tombe à plat à chaque fois.


Le Bal de l'Horreur
"Mais où j'ai bien pu ranger mon crayon..."


SERIAL "TV" KILLER

A ce propos, la présence d’un réalisateur venant de la télé n’était pas faite pour rassurer et les prévisions négatives concernant ses capacités ne peuvent être démenties. Nelson McCormick, peu avare en déclarations alléchantes, ne réussit jamais à nous duper. Sa réalisation se veut peu ambitieuse et se permet même de transformer son film en téléfilm de deuxième partie de soirée. Une particularité déterminante pour ce genre de métrage, surtout quand on connaît l’évolution des programmes télévisuels ces derniers temps. Il devient alors moins choquant qu’un épisode des Experts et moins trépident qu’un New York, Unité Spéciale, un comble pour un thriller. Dans cette optique, le film, qui rate toutes les cibles à atteindre, finit par nous laisser perplexes sur ses véritables intentions. Destiné essentiellement aux jeunes adolescents (il faut voir les problèmes existentiels des principaux protagonistes), il finit par annihiler le peu d’enthousiasme que l’on pouvait ressentir concernant cette vague de remake qui risque à l’avenir de faire du mal au genre.

Un genre qui subsiste difficilement ces derniers temps, broyé par le système fructueux hollywoodien qui réussit petit à petit à dénaturer les œuvres majeures du cinéma. Si le film concerné n’est à ce jour, qu’un vulgaire pop corn movie, il pourrait par la suite toucher une œuvre culte (avec Fog, on en était pas loin).
Et qu’on ne vienne soutenir que le téléchargement fait du mal au cinéma, car pour le coup, il n’est pas le seul.
2/10

PROM NIGHT

Réalisateur : Nelson McCormick
Scénario : J.S. Cardone
Production :
Neal H. Moritz (ha ben voilà, fallait le dire), J.S. Cardone, Christopher Ball... 
Photo : Checco Varese (& Sarah Bande ?)
Montage : Jason Ballantine (sans glace)
Bande originale : Paul Haslinger
Origine : USA / Canada
Durée : 1h28
Sortie française : 30 juillet 2008


Label Bouze



   

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