L'Assaut

Des gendarmes dans l'avion

Affiche L'Assaut

Okay, donc il suffit de clamer son admiration pour Vol 93, de shaker sa caméra au milieu d’une prise d’otage dans un avion pour être immédiatement comparé, avec une certaine bienveillance, au film de Paul Greengrass…


Une sorte de conditionnement se retrouvant dans nombre de critiques professionnelles ou amateurs. A leur décharge, il faut dire que Leclercq n’y va pas avec le dos de la cuillère puisqu’il va jusqu’à en dupliquer la structure, débutant par la préparation des terroristes, intercalant les séquences dans les coulisses décisionnels avec celles se situant dans la carlingue où les otages sont malmenés, pour conclure par le passage à l’action. Soit, pourquoi pas. Mais si l’intention est louable, le résultat n’est pas franchement convaincant, loin s’en faut. Car on ne peut pas dire qu’il ait bien assimilé la mise en scène de l’anglais, les brusques mouvements de caméra de prime abord désordonnés et anarchiques sont pensés pour capter ou retranscrire une émotion, une information là où Leclercq se contente d’un manièrisme assez vain pour saisir le regard bovin d’Elbaz et la figure décomposée de Mélanie Guillard. Surtout, au-delà du vibrant et sincère hommage aux anonymes ayant déjoué le plan des terroristes en empêchant l’avion de se crasher sur le Capitole, Vol 93 est aussi une remarquable réflexion sur le trop plein d’informations à réorganiser pour échafauder un plan d’action (un questionnement parcourant la filmographie de Greengrass depuis Bloody Sunday). De son côté, L’Assaut se limite à la mise en valeur de l’action d’éclat des hommes du GIGN et à formaliser un contre-champ absent des fameuses images télévisuelles ayant tenu en haleine les téléspectateurs du 24 au 26 décembre 1994. Aucun problème avec ça. Seulement, malgré des enjeux resserrés, le film peine à accrocher l’attention une bonne partie de sa durée.

L'Assaut
 

Déjà, la grosse erreur de casting provient de Vincent Elbaz absolument jamais convaincant que se soit dans les scènes intimistes ou avec ses équipiers. Son personnage est très attaché à sa petite famille, il est perturbé par les interventions régulières effectuées mais n’hésite pas à partir en première ligne même s’il pressent qu’il y aura dans la casse. Un acte d’une noblesse rare sauf que dans le cas présent on ressent une certaine résignation plutôt qu’une réelle conviction et détermination. Quant aux séquences avec sa famille, elles sont à pleurer mais d’inanité. Leur seul mérite étant que l’on ne s’éternise pas trop. Vouloir associer les proches avec ce que traversent au quotidien (la pression, le stress) ces gendarmes hyper entraînés afin de créer une empathie, une sympathie, est un bon moyen (en plus de dépeindre une certaine réalité) de créer une certaine viscéralité mais Leclerq passe totalement à côté. Jamais on ne parvient à s’émouvoir de leur sort. La faute n’incombant pas seulement au jeu d’acteur mais essentiellement à cette photo et cette lumière ternes, grisâtres, formant une ambiance froide à force de teintes métalliques et de couleurs désaturées virant vers le monochromatique. La volonté du réalisateur étant d’approcher le plus près possible de la réalité et donner l’impression d’assister à la projection d’images documentaires inédites, soit un docu-fiction. Dommage qu’il ait oublié en route le côté fiction. Il aurait été nettement plus efficace de présenter le repos du guerrier auprès des siens avec des couleurs plus appuyées, créant ainsi un contraste entre le cocon familial et professionnel, puis, au fur et à mesure que l’on se rapprochait de l’assaut, rapprocher la lumière des scènes où l’on voit la femme et sa fille de celle baignant les préparatifs pour enfin correspondre au moment de l’action fatidique suivie sur un écran de télévision.

L'Assaut
 

Par contre, si la montée en puissance du GIA et l’envers géopolitique et stratégique sont abordés en surface (le carton final liant la présente tentative d’attentat avec le 11 septembre étant pour le moins abrupt), les tractations et analyses d’infos et de données au sein des différents ministères s’avèrent passionnantes et génératrices de tension, notamment lorsque Carole Jeanton se fait alpaguer par un commando.

Mais évidemment, le moment de bravoure que tout le monde attend est le fameux assaut pour libérer les otages. Bien que peinant dans sa gestion de l’espace (il aurait certainement gagné à transcender l’exiguïté des lieux, le réalisme pour le réalisme a ses limites), en revanche, il nous immerge magistralement dans cette confusion et ce déchaînement impressionnants. Plus qu’au cœur de l’action, nous sommes définitivement passés de l’autre côté de l’écran que tous les autres personnages regardent désormais. Il faut également saluer l’excellente alternance entre les scènes dans l’avion et le contre-champ cette fois-ci défini par les images d’archives, un renversement qui redouble l’efficacité. Petit bémol néanmoins, la séquence montrant un sniper déserter sa position pour courir vers le lieu d’action sans que jamais on ne revoit ce personnage par la suite laisse pour le moins dubitatif. Un climax débuté de redoutable manière lorsque les hommes du GIGN sont recroquevillés sur les passerelles roulantes roulant à découvert vers l’avion et qui par la suite donnera une image formidable en terme cinégénique lorsque un des terroristes surgira tel une apparition spectrale, kalachnikov aux mains, de l’entrée rendue opaque par les émanations de fumée noire d’un bâton d’explosif.

Globalement, on sent Leclercq plus à l’aise et maîtrisant mieux son sujet que sur son premier long Chrysalis et le dernier quart d’heure présage d'un réalisateur en bonne voie. C’est déjà ça de pris parce que franchement, L’Assaut commençait très, très mal. Les premières minutes montrant une opération menée par le GIGN pénétrant dans une maison pour y neutraliser un forcené avec action ralentie et musique lyrique et emphatique laissait augurer du pire. Le début d’un véritable spot de propagande pour susciter les vocations qui heureusement ne dura l’espace que de quelques instants.

5/10
 


L’ASSAUT
Réalisateur : Julien Leclercq
Scénario : Simon Moutairou & Julien Leclercq ; Roland Môntins & Gilles Cauture (livre)
Production : Julien Leclercq, Julien Madon, Marc Olla
Photo : Thierry Pouget
Montage : Mickael Dumontier & Christine Lucas Navarro
Bande Originale : Jean-Jacques Hertz & François Roy
Origine : France

Durée : 1h43

Sortie française : 2 mars 2011




   

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