Edito

      Décidément, il ne fait pas bon aborder des sujets épineux dans notre bon cinéma français sous peine de vous voir interprété de travers...
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La Capture + Si Loin + Bons Baisers de Bruges Suggérer par mail
Critique par nicco le 1 juillet 2008

Affiches en l'air

Affiche La Capture
Cette dernière salve du First Reviews Marathon of the Cinema Days Toufouzendaigte sera entièrement dédiée aux bons films accablés par des affiches de merde.

On commence par La Capture, troisième long-métrage d'une Carole Laure exilée au Canada, dont le visuel servant a peu près cinquante fois par an pour illustrer nos FAA hexagonaux aurait de quoi refroidir les ardeurs des plus motivés. Ce serait tout de même un peu dommage car La Capture n'est pas le drame intimiste familial auteurisant et fastidieux auquel on pouvait s'attendre : du thème de la violence familiale et conjugal, Laure en tire un essai audacieux en faisant séquestrer le père fouettard (Laurent Lucas, toujours très... Laurent Lucas) par la fille battue devenue adulte. Aidée de deux amis et de deux voisines du troisième âge (!), Rose, la fille, compte changer son père et faire évacuer sa violence par l'art et la culture, quitte à l'attacher à un radiateur pour lui lire des bouquins de socio. 
Un ton légèrement suréaliste imprègne cette bande, l'auteur ne prenant pas la peine de justifier le déroulement des évènements (rien que les grands-mères donnant volontier la soupe à un homme pris en otage...), préférant axer le point de vue sur les diverses actions par le bord psychologique de Rose et du père. En découlent quelques jolies séquences oniriques (le face-à-face avec les animaux), même si on reste très loin des excès visuels de Sono Sion avec son Strange Circus qui abordait le même sujet. De plus, dès qu'il s'agit chez Laure d'illustrer les cauchemars et traumas des personnages, la mise en scène fluide et posée laisse hélas place à des effets dignes des pires clips de metal des 90's. Si le déroulement est assez prévisible, ainsi qu'entâché de story arc bien faibles et dispensables, la basculement névrotique de Rose est lui assez subtilement géré.
Plus que l'affiche, on peut regretter de bonnes intention assez loin d'être abouties formellement et thématiquement, les catharsis auxquels se livrent Rose ne trouvant pas d'écho dans le traitement infligé au père, pourtant le sujet rêvé pour en démontrer l'utilité.

Affiche Si LoinLe second film du lot est lui aussi très peu aidé par une traduction vaseuse de son titre et une affiche passe-partout osant laisser dans l'ombre ses deux héroïnes alors qu'elles sont les deux poumons de Si Loin, les principales raisons de la réussite du premier long de Tania Hermida.
Quand une grêve force l'espoir (Esperanza, la barcelonnaise routarde) et la tristesse (Tristeza, l'étudiante gamine plongée dans ses bouquins) à se rencontrer et continuer leur chemin côte à côte, tout semble gagner en sérénité et équilibre autour d'elles. Au gré de leurs rencontres, l'une comprendra que la vie d'adulte ne correspond pas aux codes dictés dans ses bouquins, l'autre qu'un camescope ne pourra pas vivre les aventures à sa place. Postulat et morale convenus, certes, mais écrit et réalisé avec tant de fraîcheur, de spontanéïté et de sincérité qu'on ne peut que se laisser bercer par ce voyage au long cours au sein des superbes décors naturels d'un pays rarement présent sur nos écrans, l'Equateur.
Servis par deux comédiennes épatantes (et débutantes), l'écriture des personnages principaux évite de sombrer dans la caricature en donnant davantage d'importance à leurs points communs qu'à leurs différences, comme il est de coutume dans le genre. Se crée ainsi une belle complicité entre elles et le public, qui ne fait que s'amplifier à chaque nouvelle rencontre du duo, les protagonistes se révélant souvent être l'inverse de ce à quoi on pourrait s'attendre dans le déroulement d'un tel film : pas de psychopathe tentant de violer les deux jeunes femmes, pas de voleurs de sac de voyage, pas de psychodrame larmoyant avec des inconnus, bref, pas de péripéties fatigantes, juste la traversée à pied de l'Equateur, ce qui en soit est déjà pas mal. C'est d'ailleurs pour assurer cette mécanique émotionnelle pleine d'humanité que la réalisatrice fait des premiers chauffeurs de Tristeza et Esperanza les plus relou, ne cherchant qu'à tirer un coup gentiment et non à faire connaissance : la suite ne pourra donc qu'être plus enrichissante.
Par son atmosphère et ses personnages, Si Loin enchante à mesure que les kilomètres défilent, et réussit le petit miracle d'évader son audience par le biais d'une simplicité dont on ne se lasserait pas. Avec Into The Wild, voici un autre beau film de routards pour cette année.
(et il aura fallu attendre la huitième étape de ce marathon pour enfin se détacher de la moyenne !) 

Si Loin

Affiche Bons Baisers de BrugesEnfin, comme le veut la tradition, le meilleur pour la fin avec un film aussi beau que son affiche est immonde : Bons Baisers de Bruges (In Bruges pour les allergiques aux traductions gogoles) du théâtreux Martin McDonagh conte le séjour de deux tueurs à gage britanniques reclus à Bruges le temps qu'une sale affaire se tasse. Mais comme le craignait le plus âgé, la destination de Bruges n'était pas un hasard, son ambiance gothique de "conte de fées" devant servir de décor d'adieux et de rédemption.
Rarement l'architecture d'une ville aura autant servi la dramaturgie du film qui s'y déroule, la cité médiévale belge imprégnant chaque plan de son atmosphère à la fois désuette et magique, cadre parfait pour un métrage passant de la comédie douce-amère au polar pur et dur. McDonagh fait de Bruges son personnage principal en utilisant d'abord ses monuments dans un but comique (les visites touristiques sont propices à des numéros jouissifs de Colin Farrel), pour ensuite, dans la dernière partie, bâtir son suspense sur l'architecture des lieux ainsi présentés. Intention plastique et scénique appuyée par l'extrait de Soy Cuba passant sur une télé, autre métrage connu pour sa mise en image ambitieuse de l'architecture urbaine.
Toujours sur le fil du rasoir mais ne tombant jamais dans les excès des genres qui le composent, In Bruges repose sur un duo de comédiens parfaits et de situations juste ce qu'il faut d'excessives et de décalées pour provoquer du plaisir et s'insérer à la dramaturgie sans convoquer un quelconque cynisme ou second degré chez le spectateur pour fonctionner, comme il est de coutume chez les tâcherons tels que Guy Ritchie et cie qui, contrairement à McDonagh, ne croient pas aux genres qu'ils investissent (c'est limite s'ils croient au cinéma). McDonagh aime le polar et ça se sent, notamment à travers ses personnages, dotés d'une gravité touchante mais également d'une gouaille propre aux malfrats : quel bonheur de voir Colin Farrell traquer un nain acteur accroc à la kétamine jouant dans une séquence de rêve d'un film tourné à Bruges (et on retrouve la question existentielle posée par DiCillo dans Ça Tourne à Manhattan : pourquoi y a-t-il toujours des nains dans les rêves au cinéma ? Hein ?).
Beau, émouvant, drôle, excitant, sincère : In Bruges fait du bien au polar, et étant le premier long-métrage de son auteur, c'est avec impatience que l'on attend les futures réalisations de McDonagh. Pour le moment, courrez voir In Bruges au cinéma.

Bons Baisers de Bruges
Oui, venez vite, les glaces sont entrain de fondre.

Ouf, 42 Mo (à l'aise) de chroniques en trois jours, c'était complètement inutile donc indispensable selon nous pour fêter le cinéma (qui nous l'a rendu assez moyen quand même si l'on en juge les cotes). Vous m'excuserez mais je vais un peu dormir là, donc pas de review sur Valse Avec Bachir (don't cry baby, on y reviendra prochainement) ni sur La Nouvelle Vie de Monsieur Horten (parce que décidément, Bent Hamer c'est pas ma dose : faut dire que voir un norvégien singer sans talent le cinéma norvégien pour contenter le reste de l'Europe de clichés locaux, ça a le don de saouler, à force).
Et oui tu comptes bien lecteur, cela fait un total de cinq films au cinoche aujourd'hui, je demande donc le droit légitime d'aller fermer les yeux. Adieu.
5/10
La Capture
Réalisateur : Carole Laure
Scénario : Carole Laure
Production : Carole Laure, Lyse Lafontaine & Jean-François Lepetit
Photo : Daniel Jobin
Montage : Véronique Parnet
Bande originale : Jeff Fisher
Origine : France / Canada
Durée : 1h32
Sortie française : 18 juin 2008












7/10
Qué Tan Lejos

Réalisateur : Tania Hermida
Scénario : Tania Hermida
Production : Tania Hermida, Gervasio Iglesias, Mary Palacios…
Photo : Armando Salazar
Montage : Ivan Mora Manzano
Bande originale : Nelson Garcia
Origine : Equateur
Durée : 1h32
Sortie française : 7 mai 2008












7/10
In Bruges
Réalisateur : Martin McDonagh
Scénario : Martin McDonagh
Production : Graham Broadbent, Peter Czemin…
Photo : Eigil Bryld
Montage : Jon Gregory
Bande originale : Carter Burwell
Origine : GB / Belgique
Durée : 1h47
Sortie française : 25 juin 2008














 1 Posté par geouf le 02 juillet 2008 à 10:09 | website

Ah, ca fait plaisir de voir une bonne critique sur l'excellent In Bruges. Il faut dire que le film n'est pas aide par une affiche moche et une bande-annonce le faisant passer pour du sous Guy Ritchie, alors qu'il est tellement plus riche et profond que ca... Colin Farrell est tout simplement excellent en jeune chien fou ronge par la culpabilite, et Brendan Gleeson est lui aussi tres bon en vieux briscard. C'est rare de voir des polars ou les tueurs ont des etats d'ames, et ca fait sacrement du bien... 
"What are we doing in fucking Bruges?"
 2 Posté par Sven le 02 juillet 2008 à 10:18

Dans In Bruges, je ne sais pas si on parle du même extrait, mais pour moi c'est le plan séquence inaugural de la Soif du Mal que regarde Brendan Gleeson dans sa chambre, lors d'un...plan-séquence justement !
 3 Posté par nicco le 02 juillet 2008 à 10:41

En fait il y a des extraits des deux films. Mais pendant le plan séquence (celui où Harry appelle et fait son speech sur Bruges) il me semble que c'est bien Soy Cuba qu'on voit.
 4 Posté par Sven le 02 juillet 2008 à 10:35

Arf étrange, je me rappelle clairement qu'il regarde cet extrait (de 1:10 à 1:25 environ) juste avant qu'il reçoive le coup de fil de Harry. :x
 5 Posté par nicco le 02 juillet 2008 à 10:46

C'est p'tet moi qui intervertit les deux moments où on voit la télé ; je n'étais plus très frais aussi...
 6 Posté par Sven le 02 juillet 2008 à 11:18

En même temps quel courage... ;)
 7 Posté par Spaces le 02 juillet 2008 à 11:37

Vous êtes quand même des sacrés malade de voir autant de film en si peu de temps:) 
Pour in bruges, y a pas chez moi, et çà m'enerve. Pourtant on m'en a dit le plus grand bien.
 8 Posté par the dude le 02 juillet 2008 à 14:51

in Bruges est un très très bon film, avec une photo magnifique. 
 
du très bon qui peut s'affiner avec l'age, je crois .
 9 Posté par pau le 02 juillet 2008 à 17:34

J'adhère !!! Excellemmment interprété, In Bruges est un film magnifique, d'une noirceur et d'un onirisme poignant assorti de de moments de purs délires trash comme seuls savent faire les British. Cette bonne surprise l'était d'autant plus que j'y allais dans l'optique très peu cinéphile de baver devant Colin Farrell. Bonne inspiration. 
L'affiche et la citation "le cousin britannique de Tarantino" qui l'orne sont tous simplement mensongères, laissant imaginer un énième pot-pourri de tout ce que le cinéma anglo-saxon compte de genres à bout de souffle rendus caducs par des tâcherons : le buddy-movie, le comique de situation, le polar sans épaisseur... And so forth.  
Ici point de faux cynisme, quelques références mais un vrai renouvellement de la machinerie dramatique en la situant dans cet endroit de rêve qu'est Bruges (que j'ai la chance de connaître). La poursuite finale est aussi sublime que le dialogue dans l'hôtel qui la précède est hilarant. Rien que pour ça, à ne surtout pas rater.  
C'est le seul film que j'aie vu en cette période propice à la boulimie, pour cause de manque de temps. Il faut croire que L'ouvreuse n'existe que pour me rassurer sur mes priorités.
 10 Posté par Isokilla le 02 juillet 2008 à 18:04

Quote:
Arf étrange, je me rappelle clairement qu'il regarde cet extrait (de 1:10 à 1:25 environ) juste avant qu'il reçoive le coup de fil de Harry.

 
 
Oui c'est bien cet extrait qu'il regarde avant le coup de fil. 
 
Sinon, je l'ai vu hier et c'et un trè beau film pour les raisons cités plus haut (on va pas se répéter), mais je dis bravo au titres minable à l'affiche minable qui ne donnent absolument pas envie de le voir. 
 
Je conseillerai aussi aux fans de comédie dramatique à la française de le regarder et de voir comment procéder pour passer habilement du rire au larmes car le film trouve un équilibre parfait à ce niveau. 
 
Pour l'argument sur tarantinno il vient ur tout du fait que le film et très bavard et à tendance à discuter de choses futiles mais il et clair que Tarantinno n'a rien inventé (malgré son débat ur like a virgin). 
 
Pour la scène du nain, merci Nicco, pour l'hitoire du nain, quand je pense que j'ai vu le film que tu cites plusieurs fois, et si la séquence me disais quelque chose, je n'avais quand même pas fait le répprochement avec ça tourne. 
 
FInallement, les films se suivent et ne se ressemblent pas. 
 
mes impressions sur les films de Juin sont vraiment contratés. 
 
Speed racer 16/10 (car je l'ai vu deux fois) 
In Bruges 7/10 (y a pas que des chocolat la bas) 
JCVD 6/10 (je ne dirai plus aware de la même façon 
La personne au ... 6/10 ( va falloir que j'arrête de parler seul) 
Diary of the dead 5/10 (je vais acheter un tel sans caméra) 
et au bout de la nuit 3/10 (avec ou ans withaker qui cabotine mais pas trop...) 
 
Rendez vous à la rentrée du cinéma...

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