Edito

      S'il y a bien quelque chose qu'on ne peut enlever aux journalistes de le presse cinéma, c'est la conviction mise dans la préservation du faste et de l'intégrité des pontes du septième art...
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Critique par nicco le 30 octobre 2007

High Robots

Affiche Electroma
Deux films au compteur et toujours aucune ligne de dialogue. Pourtant les Daft Punk ont des choses à dire. Mais comme le faisait remarquer l'autre, l'avantage du cinéma est qu'il y a des images ; une image pouvant valoir moult mots. L'inconvénient est que ce soit deux musiciens qui doivent le rappeler aux cinéastes contemporains.

Rassurez-vous, je ne vais pas une fois de plus blâmer sur vingt lignes tous les cinéphiles et critiques allergiques à l'image, à l'icône et plus généralement à toute excitation sensorielle. Mais quand même, si tout ce petit monde était un peu plus exigeant vis-à-vis de son art favori (un truc à base d'images, de rythmes et de mouvements, voyez), ben p'tet bien que l'on n'aurait moins de films hyper bavards et visuellement pauvres qui ne disent au final pas grand chose.
Pour un
Electroma ou un Locataires, combien de bandes ressemblent à des pièces radiophoniques filmées ? Trop.

Ces œuvres se font si rares que l'on s'empresse de prendre leurs plus simples points communs pour mieux les comparer. Ainsi, beaucoup rapproche la première mise en scène du duo de la Pyramide au
Gerry de Gus Van Sant. Mais si voyons ! Il y a deux personnages principaux qui marchent dans le désert pendant une grande partie du métrage ! L'analogie est évidente… Surtout évitons d'aller plus loin en soulignant qu'à part cette traversée du désert pédestre, ces films ont des thématiques totalement différentes et n'ont absolument pas les mêmes visées (dans Lifeboat, Le Lagon Bleu, Greystoke et Les Naufragés du Poséïdon il y a un bateau qui coule, donc ils parlent tous de la même chose. J'aime bien cette logique, ça a le mérite de reposer). 

Electroma

Et combien même, pourquoi s'évertuer à créer artificiellement des liens avec d'autres créations alors que
Electroma se suffit largement à lui-même tant le discours est limpide, les images parlantes, le propos fort ? Peut-être est-ce d'ailleurs la raison : trop simple, trop évident, besoin donc de saturer inutilement un signal clair.
C'est bien dommage. Car venant des chantres de la musique post-moderne, gavant leurs compositions de citations, d'emprunts ou de samples, on pouvait s'attendre un énième "film-somme-hommage-référentiel-lol", que laissait un peu présager
Interstella 5555 avec sa forme invoquant la régression infantile. Mais il n'en est heureusement rien ici, Bangalter et De Homem-Chirsto optant pour une approche totalement épurée de leur Electroma, donnant ainsi une sacrée puissance aux tableaux qui composent cette odyssée cybernétique. Nul besoin donc d'aller chercher ailleurs ; ce qui est de plus contraire au thème du film : les héros robots cherchant à s'affranchir de la masse, il était logique que les Daft en fassent de même en réalisant.

Electroma

En nommant leur dernier album
Human After All (humain après tout), et livrant une caricature de leur musique (le sample de Release The Beast répété pendant quatre minutes donne le tube numéro un du disque, Robot Rock), le duo ne faisait rien d'autre qu'exprimer sa lassitude et la pression pesant sur leurs épaules. Eux qui, cachés derrière leur masques de chiens ou de robots, ont toujours cherché à fuir la lumière, la rendent ici responsable de l'humanisation impossible de deux robots à leur image. Lors de cette scène bouleversante les masques humains des cyborgs fondent au Soleil, et c'est toute la tragédie des Daft qui s'illustre : ils ne peuvent redevenir ce qu'ils étaient, obligés qu'ils sont de restés cachés sous leur casque s'ils veulent survivre à la lumière, quitte à devoir affronter la tant redoutée… traversée du désert.

Aux délires multicolorés de
Interstella 5555 et de leurs clips s'opposent des images à dominante blanche. Aucun extrait de la BO n'est signé par eux. Ici, être un robot est la norme… Véritable négatif de l'univers musical des Daft Punk, Electroma devient ainsi une métaphore puissante et émouvante du parcours hors norme de deux artistes de génie qui annoncent haut et fort qu'ils sont prêts à s'autodétruire sous les feux de la rampe.
Peut-être est-ce une interprétation finale exagérée. En attendant, les images parlent d'elles-mêmes, et en restant strictement dans le domaine de la SF, elles n'en demeurent pas moins foutrement superbes.
8/10
Electroma

Réalisateur : Thomas Bangalter & Guy-Manuel De Homem-Christo
Scénario : Thomas Bangalter, Guy-Manuel De Homem-Christo, Paul Hahn & Cédric Hervet
Production : Paul Hahn, Paul Perez Hahn, Tony Gardner
Photo : Thomas Bangalter
Montage : Cédric Hervet
Bande originale : Steven Baker
Origine : France / USA
Durée : 1h14
Sortie française : 24 mars 2007

Uniquement projeté le samedi à minuit au cinéma Le Panthéon, Paris 5ème (Métro Luxembourg).
Si vous n'êtes pas sur Paname, le DVD Z2 anglais sort le 19 novembre prochain.

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 1 Posté par zarghatt le 30 octobre 2007 à 08:35

Quelle coincidence nicco que tu ponde cet article alors que je suis, depuis 10-12 jours, retombé dans une crise de daftpunkite aigue, écoutant en boucle leurs trois albums et Daft Club. 
J'ai aussi lu récemment pas mal d'articles et d'analyse de leurs oeuvres qui ne font que confirmer que ce duo est probablement exceptionnel dans ce qu'il a jusqu'à aujourd'hui produit et influencé. Je n'ai encore jamais pour le moment entendu de morceaux de leur premier groupe (Darlin' il me semble), je vais me pencher dessus, et pareil pour leur films (comme tout le Monde, j'ai vu de larges extraits d'Interstella avec les clips des 4 premiers titres de Discovery, mais je n'ai pas encore eu l'occase de voir le métrage complet). 
Pour Electroma, il me semble avoir lu qu'il serait diffusé pendant un an en salle (dans ce crénau horaire assez particulier et uniquement dans ce cinéma) donc pendant au moins 4-5 mois encore, ce qui fait que je j'aurais probablement l'occase d'aller le voir lors de mon prochain passage à Paris. 
 
(soit dit en passant, la deuxième image de l'article me fait diablement penser à THX 1138)
 2 Posté par zarghatt le 30 octobre 2007 à 08:44

Hum : 
- 4e ligne : remplacer "probablement" par "proprement", ca m'apprendra à mal me relire 
- rajoutez de manière imaginaire des balises gras, itallique ou souligné selon vos gouts pour les divers titres que j'évoque (sauf pour Darlin' bizarrement) 
- nicco : toujours le meme problème quand on poste. Obligé de balancer le code de sécurité deux fois car la première fois il est systématiquement refusé (et encore les deux, il faut virer tous les caractères superflus qui se sont intercalés au niveau des appostrophes). Pour info si ca peut t'aider, je suis sur IE 7.0 là, mais avec FF 2.0 j'ai le meme problème chez moi.
 3 Posté par nicco le 30 octobre 2007 à 11:32

Bizarre cette histoire de code... je vais voir ce qu'on peut faire.
 4 Posté par macfly le 30 octobre 2007 à 11:45 | website

Mais pourquoi ce (magnifique) travelling avant sur un entrejambe féminin en plein milieu de la scène du désert ?
 5 Posté par nicco le 30 octobre 2007 à 11:52

Peut-être parce que cette traversée, et cette mort, est leur unique moyen de renaître.
 6 Posté par macfly le 31 octobre 2007 à 22:11 | website

Ah oui tiens. 
Au fait, cette histoire de conformisme et d'enveloppe corporelle trop lourde à porter était déjà là dans le génial clip censuré de Prime Time of Your Life(attention, référence à Carpenter inside)
 7 Posté par directorflo le 02 novembre 2007 à 00:45 | website

Tiens, pour une fois, une critique avec laquelle je ne suis absolument pas d’accord ! 
J’ai eu la chance (enfin si on peut dire ça comme ça) de voir Electroma à Cannes et le moins que l’on puisse dire c’est que la bobine des 2 compères ne valait pas mes 2 heures de queue coincé avec des « daft punk brain » sous un soleil de plomb ! 
Quel ennuie ! Electroma fait parti de ces films rarissimes pendant lesquels Morphée a réussi à m’attirer dans ses bras ! Le début du métrage, en outre, est interminable : les dafts en voiture traversent le désert sous tous les angles de caméra possibles et imaginables… Visuellement, cela se traduit par une suite de stock shot sans aucun intérêt dramatique ni aucune cohésion dans le montage ni aucune forme stylistique intéressante (pour l’excitation sensorielle je repasserai…).  
Et le reste du métrage perdure dans ce sens, pire encore, je trouve qu’il en devient même pompeux, voir involontairement comique à certain moment. Notamment quand on se met –enfin- à entrevoir le « propos » du film : une espèce de fable critique et cynique sur une quête d’humanité impossible à obtenir par 2 gentils robots (woouaah, super Ode au droit à la différence !).  
Mais peu importe après tout, le propos serait franchement mieux passé s'il y avait eu une quelconque maîtrise derrière de la part des réalisateurs. Pour ma part, j’ai franchement l’impression que pour pallier a cette incapacité à utiliser correctement la grammaire cinématographique (bon sang, j’ai vraiment pas vu le même film que Nicco, où est le rythme, où sont les mouvements, expliquez-moi ?!), les dafts ont voulu faire un essai abscond, volontairement inaccessible pour bénéficier de l’étiquette « C’est pas grave si c’est chiant parce que c’est du cinéma d’Auteur ! » 
Je trouve que seule la séquence de fabrication des masques humains est à sauver, par sa réelle recherche graphique (qui d’ailleurs tranche avec l’esthétique pauvre –les artistes diront « épuré » ou « naturaliste »- du reste du métrage) et sa mise en place d’un véritable dispositif cinématographique (le seul de tout le film). 
null
 8 Posté par isokilla le 04 novembre 2007 à 17:00

Et j'ai toujours pas vu ce chef d'oeuvre ??? (enfin tout est relatif), quand je pense que j'ai vu le fabuleux interstella 5555 (5ecret 5tory of 5tar 5ystem) une bonne vingtaine de fois, enfin fan de ces deux gars, j'achèterai surement ce dvd en collector si il existe. 
 
Ce qui m'éclate, c'est que Justice (oui je sais encore eux) me font énormément penser à DAFT à ses débuts) un parrallèle interessant peut facilement être fait par la suite.
 9 Posté par nicco le 04 novembre 2007 à 17:04

Justice sont surtout produits par le découvreur des Daft. 
 
Ce qui explique certaines choses, en effet.
 10 Posté par isokilla le 05 novembre 2007 à 11:33

Oui mais sans regarder l'aspect commercial, leur approche du genre musical est identique sur certains points (nostalgie, bidouillages sonores, samples et jeux de mots) et les clips jouent aussi sur cette façon de raconter en image. Enfin, je l'ai ressenti comme ça, que le découvrer des dafr les ai pris pour ça ok, mais il faut reconnaitre qu'il a eu du flair sur ce coup et il est interessant de pouvoir constater comment eux vont gérer leur carrière (sachant qu'ils ont snobé les demandes de Spears et Ferdinand apparement).
 11 Posté par Akuma_Sesshu le 20 novembre 2007 à 20:36

Salutations. 
 
Je tiens tout d'abord à féliciter nicco pour son blog et son site (blog que j'ai découvert par pur hasard grâce à l'ami google). Je trouve qu'il a un sacré style d'écriture et sa façon d'argumenter me laisse sur le cul (je suis sincère, pas de léchage de pompe). 
 
J'ai été surpris par la présence d'une chronique sur ce film, et je doit dire que je n'ai rien à redire sur ce qui a été dit. 
 
Je souhaitais poser quelque question à propos de l'interprétation des scènes: 
 
*Que signifie la scène de début, ou l'on voit des silhouettes sculptées dans la roche, ainsi que la longue scène en voiture? 
*Le thème du film est-il bien la déshumanisation? (je l'espère car dans le cas contraire toutes mes interprétation seraient faussées) 
J'ai l'impression que le film est bourré de métaphores que je n'ai pas encore saisi. 
 
Bonne continuation. 
:)
 12 Posté par nicco le 21 novembre 2007 à 11:58

Les silouhettes ont, à mon avis, la même fonction symbolique que la dune vaginale, elles informent que leur état est gravé dans la pierre, et donc que le modifier risque d'être compliqué.  
(la scène en voiture c'est pour calibrer le rythme du métrage, c'est juste du plaisir sonore et visuelle). 
 
Sinon, je pense pas que ça parle foncièrement de déshumanisation en général, plutôt des Daft et de leur rapport avec les gens, la célébrité, leur personnalité, etc.
 13 Posté par nicco le 21 novembre 2007 à 12:35

Ha pis j'ai oublié, les silouhettes dans la roche, ça a p'tet aussi un rapport avec "Robot Rock"...
 14 Posté par Akuma_Sesshu le 21 novembre 2007 à 16:58

En fait on m'avait expliqué le pitch du film : 'Deux robot essayent de devenir humains' 
 
J'ai donc vu le film en faisant le rapprochement avec la déshumanisation, et je me suis basé sur ça. (Exemple:Au moment du 'suicide', juste avant que le robot explose, celui-ci serre le poing, c'est comme si il avait atteint son but de devenir humain, comme un robot n'est pas censé ressentir la douleur ou la peur.) 
 
Mais je me doute qu'il y ai plusieurs degrés d'interprétation.(je n'ai pas pensé au Daft Punk eux-même.) 
 
En tous cas merci pour ces éclaircissements.
 15 Posté par Bleuten le 20 décembre 2007 à 19:34

Ayé, j'ai réussi à chopper le DVD (magnifique boitier métal qui ira très bien à coté de celui d'Appleseed). 
 
C'est difficile de décrire ce que je ressent après avoir vu ce film et je peux dire que j'ai vraiment apprécié malgré quelques longueurs. 
Reste des idées intéressantes et des plans scotchant, en particulier le superbe plan final, /SPOILER/ le dernier Robot-hero qui marche en flamme dans la nuit. /SPOILER/ 
 
Maintenant, le prochain challenge que les deux Dieux de l'electro française sera de faire un film avec des dialogues susceptible d'être visionable par le commun des mortels avec un succès commercial à la clef.

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