CJ7

Chow time

Affiche CJ7

Après avoir failli louper Pour Elle, LE film français de l'année, voilà que la nouvelle perle de Stephen Chow n'a pu bénéficier que d'une discrète sortie en DVD. C'est sûr, un film pour gosses ne les prenant pas pour des crétins n'avait aucune chance de séduire les masses.


L'année 2008 aura été prolifique en matière de films mal ou carrément pas distribués. Non pas que leur qualité soit en cause, simplement ils ne correspondent pas aux goûts du public tels que les fantasment les directeurs marketings. Entre omerta, cabale journalistique, frilosité des distributeurs, incohérence des campagnes promo ou simple incompétence, nous aurons eu toutes les peines du monde pour apprécier dans les meilleures conditions les films de Johnnie To, Hau Nai-Hoi, Darabont ou encore des frères Wachowski. Et maintenant, c'est au tour de Stephen Chow.
Véritable star comique à Hong Kong, ses bandes ultra référentielles, carburant à l'humour non-sensique et aux démonstrations graphiques très mangaesques n'auront été que peudistribuées dans nos contrées. Il est vrai que la plupart de ses films ne possèdent pas l'impact commercial d'un Shaolin Soccer ou même d'un Crazy Kung-Fu, magnifiques délires à la profondeur étonnante. Mais Chow ne se contente pas de ce genre de démonstrations actives et accessibles. Et c'est sans doute l'éclectisme de cet auteur qui aura rebuté les commerciaux, démunis face à un réalisateur dont les films ne peuvent être facilement catalogués. Après l'excellent pastiche de films d'espionnage, Bons Baisers De Pékin,  distribué en catimini en DVD l'année dernière, un même sort est réservé à CJ7.

CJ7
 

Diky est un enfant élevé seul par son père (Stephen Chow) qui sacrifie tout afin que celui-ci puisse bénéficier de la meilleure éducation possible dans la meilleure école (privée) de la ville. Un tableau pas franchement avenant pour un film ouvertement ciblé comme un divertissement pour gosses. Et qui s'assombrit gravement puisque cette famille monoparentale est pauvre. Une comédie pour les enfants ? Cela ressemble à un remake des Misérables, oui.

Mais c'est là le génie de Chow justement, arriver à nous faire rire alors que tout pousserait à se morfondre. Et ce n'est pas forcément l'arrivée de la boule verte extra-terrestre rebaptisée CJ7 qui va nécessairement provoquer l'hilarité. Elle va certes changer leur vie mais pas de la manière attendue.Déjouer les attentes vaudra d’ailleurs comme programme de tout le film. Au lieu de jouer sur les oppositions constantes de deux mondes antagonistes, Chow va plutôt tenter de les faire coexister au sein d’une même structure, d’un même espace. Le pauvre Diky côtoie ainsi les plus riches élèves, l’enjeu étant non pas de savoir si la pauvreté est soluble dans l’opulence mais bien pour Diky de se faire accepter et respecter. Une lutte de(s) classe qui devant la caméra de Chow prend une tournure délirante dans les confrontations entre élèves. Surtout, le réalisateur mettra à mal l’image habituellement convenue de l’enfant pauvre toujours digne dans l’adversité, puisque Diky n’hésite pas à brutaliser son compagnon extra-terrestre quand ce dernier se montre incapable de l’aider à réussir.
Une ambivalence que le film cultivera constamment et annoncée d’emblée par le générique nous montrant le père rafistolant les chaussures trouées de son fiston, avec comme accompagnement sonore une musique rythmée et plutôt enjouée. CJ7 annonce la couleur, il ne versera jamais dans le pathos à outrance, préférant trouver des échappatoires humoristiques  à une vie pour le moins insalubre. Pourtant, Chow n’élude jamais les conditions de vie de Diky et son père, dormant et mangeant dans un taudis infesté de cafards, mais évite tout misérabilisme déplacé pour livrer des séquences à la fois drôles et touchantes.

CJ7
Amenez-moi les responsables de la non distribution du film, tout de suite !!


C’est bien joli tout ça mais bon, le film s’intitule CJ7 et on ne parle pas beaucoup de la bestiole vedette. Normal, elle n’apparaîtra dans le film qu’au bout d’une demi-heure (et pas du tout en photo dans cet article !) !? Là aussi, Chow déjoue les attentes du public en axant son récit sur l’humain plutôt que sur cet adorable "chien" au corps vert fluorescent surmonté d’une tête façon boule de poil. Le héros, c’est Diky. Rassurez-vous, la créature est bien présente mais pas envahissante, les effets spéciaux très réussis servant comme toujours chez Chow, et plus encore ici, de ressorts comiques. CJ7 a des pouvoirs régénérateurs mais qui impliquent une contre-partie peu réjouissante. Plus important il n’est pas cet être providentiel que les SFX aurait pu surligner et que fantasme Diky, donnant lieu à des séquences proprement hilarantes (CJ7 combattant un chien féroce, CJ7 fabricant des lunettes spéciales triche que n’auraient pas renié les sous-doués, etc).

Evidemment, dès lors qu’un film met en scène un gentil extra-terrestre, on ne peut s’empêcher de penser à E.T. Une comparaison ici d’autant plus inévitable que Stephen Chow voue une véritable admiration à Spielberg. Mais l’artiste aura l’intelligence de ne pas se confronter à cette référence imposante voire même la détourner en faisant douter de toute implication extra-terrestre : la soucoupe volante apparaît pour la première fois sur une photo au grain prononcé et présentée à la télé par un joyeux hurluberlu. Chow ne s’accorde qu’une brève référence à son maître à filmer, lors de la découverte du CJ7 dans la décharge publique où le père de Diky regardant fixement un poste de télévision (Spielberg a été "élevé" par la télé) ne voit pas le vaisseau spatial s’élever dans un déchaînement de lumières rappelant celles de Rencontre Du 3ème Type. Par contre, il est une référence beaucoup plus pertinente qui infuse le film. En effet, CJ7 rappelle par bien des aspects Le Kid de Charlie Chaplin. Visuellement et thématiquement d’abord puisque les deux films dépeignent le combat quotidien d’un père sans le sou pour éduquer du mieux possible son enfant (qu’il soit naturel ou adopté importe peu). Mais également dans leur manière d’envisager les turpitudes de leurs personnages, sans mièvrerie mais avec sincérité, amour et humour. Les deux auteurs, à quelques 80 ans d’écart, se complètent et se répondent à merveille.

CJ7
  

The Kid

 

Bien sûr, après ça vous êtes en droit de douter que CJ7 est avant tout destiné aux enfants. Et pourtant c’est bien le cas. Les gags sont vraiment très drôles, le CJ7 est vraiment très mignon, les enjeux mettent en avant les valeurs d’honnêteté, de persévérance, d’amitié dans une fable moderne édifiante mais jamais lénifiante. Mais ce qui rend véritablement ce film familial si précieux est que Stephen Chow s’adresse aux enfants comme à des adultes en devenir, abordant sans fard la mort, les relations difficiles voire conflictuelles à l’école, bien souvent générées par des conditions sociales divergentes, comme leur envie et besoin de respect.
CJ7 n’est pas sorti en salles et n’a pu bénéficier de l’audience qu’il méritait. Pour votre enfant, pour vous, pour lui, regardez-le.

8/10
CHEUNG GONG 7 HOU
Réalisateur : Stephen Chow
Scénario : Stephen Chow, Vincen Kok, Fung Lam…
Production : : Stephen Chow, Vincen Kok, Connie Wang...
Photo : Poon Hang-Sang

Montage : Angie Lam
Bande originale : Raymond Wong
Origine : Hong Kong
Durée : 1h26
Sortie française : En DVD depuis le 10 septembre 2008




   

Commentaires   

 
+1 #1 Cypress Green le dimanche 29 mars 2015 à 13:26
Critique parfaite. Stephen Chow est quasi un genie.
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