Aliens Vs. Predator - Requiem + Ma Vie N'Est Pas Une Comédie Romantique

Affiche Aliens Vs. Predator - Requiem

L'ouvreuse, comme pour prouver à ses détracteurs l'étendue de son éclectisme (elle en a fait beaucoup quand elle était jeune), vous propose aujourd'hui deux critiques de films aux genres diamétralement opposés.


Tout d'abord un film d'horreur suite-de-crossover-de-séquelle-de-suite à la mise en scène ultra-pensée qui renvoie John McTiernan et James Cameron jouer à la baballe. Et puis une comédie romantique postmoderno-geek que l'Amérique nous envie.

ALIENS VS. PREDATOR - REQUIEM
L'avantage avec les grosses bouzasses de l'espace, c'est qu'elles peuvent nous en apprendre bien plus sur le cinéma qu'un film moyen, voire même qu'un bon film. Les navets, tout pathétiques qu'ils soient, ont parfois cet avantage d'avoir des défauts tellement gros qu'ils révèlent certains problèmes plus généraux du cinéma actuel. C'est pourquoi en fouillant un peu, il arrive qu'on y trouve une liste exhaustive de tout ce qu'il ne faut pas faire pour réussir un film. Ceux-ci peuvent donc s'avérer être de véritables leçons de cinoche digne d'un troisième cycle de la FEMIS.

C'est en regardant cette molle suite d'un Alien Vs. Predator lui-même de sinistre mémoire, racontant l'histoire d'Aliens et de Predators débarquant sur terre pour se tataner la gueule et aussi tataner celle d'un mutant alien/predator et puis aussi celles de quelques humains au passage pour l'identification (le titre original Aliens Vs. Predator Vs. Alienator Vs. Humans fut rapidement abandonné). C'est donc en regardant cette suite, disais-je, que je me rendis compte avec force étonnement qu'elle n'était filmée quasiment que en plans serrés. Que ce soit pour une scène de discussion dopée au Lexomil ou pour une scène de stomb amorphe entre une bêbête constamment baveuse et un ugly motherfucker en contre-jour, les réalisateurs bravent les conventions armés de leur seule intégrité artistique et de bout en bout, ne font pratiquement pas de plans plus large que le plan taille. Et pour cause, les seuls plans d'ensemble du film n'apparaissent qu'une seule fois par scène, filmés en longue focale et montés très rapidement (1 seconde grand maximum.)

Épaté par des cinéastes aussi couillus, à ce point fidèles à un choix artistique jusqu'au-boutiste, je me suis alors interrogé sur la raison d'une telle décision. La réponse est double : Premièrement, le spectateur se retrouve en manque d'information. Il est obligé de regarder ce qu'on lui dit de regarder (le plan large, quand il est bien fait, donne le choix de regarder ou l'on veut, alors que le plan serré oblige à se focaliser sur un détail). Il se sent donc frustré. Deuxièmement, le spectateur ne peut pas se repérer dans l'espace : pour lui, le décor du film se résume à un arrière-plan flou ou à un bout de couloir montré subrepticement. Là ou ce gros tâcheron de John McTiernan se la jouait avec des mouvements de caméra compliqués pour faire entrer dans la tête du spectateur la carte topographique de la jungle de Palenque, les frères Strause (on n'est pas trop de deux pour arriver à un tel résultat) prennent le postulat inverse et ne font donc rien entrer du tout dans la tête du spectateur.

Aliens Vs. Predator - Requiem
Un des quatre plans larges du film : observez l'utilisation ingénieuse de la pluie pour cacher le décor


Frustrer le spectateur et lui vider le cerveau... Et non vous ne rêvez pas ! Les auteurs d'Aliens Vs. Predator - Requiem réussissent là ou leurs prédécesseurs avaient échoué : prendre à contre-pied Cameron et McTiernan, autrement dit tuer les pères, pour mieux réinventer le genre. Évidement les mauvaises langues argueront que tout cela se justifie par des raisons économiques, que ça coûte moins cher de faire un plan serré qu'un plan large, ou encore que le film est conçu pour répondre servilement aux standards télévisuels. Mais chez L'Ouvreuse, on n'est pas con, et on a bien vu qu'Aliens Vs. Predator - Requiem marquait une date dans l'histoire du cinéma.
 
Enfin je ne résiste pas à l'envie de vous rediriger vers l'excellente critique de nos confrères de Nanarland du récent Alien Vs. Hunter, production The Asylum qui plagiait Aliens Vs. Predator - Requiem avant même sa sortie (ils sont balèzes, chez Asylum).
3/10
AVPR: ALIENS VS. PREDATOR - REQUIEM
Réalisateurs : Colin Strause & Greg Strause
Scénario : Shane Salerno
Production : John Davis & Wyck Godfrey
Photo : Daniel Pearl
Montage : Dan Zimmerman
Bande originale : Brian Tyler
Origine : USA
Durée : 1h34
Sortie française : 2 janvier 2008











Affiche Ma vie n'est pas une comédie romantique
MA VIE N'EST PAS UNE COMÉDIE ROMANTIQUE
Depuis quelques temps, il se trame quelque chose de pas net au royaume de la comédie française franchouillarde. Je ne veux pas parler du Projet Chaos que nicco, le Jim Garrison des critiques de cinéma, vous révélait en exclu mondiale le mois dernier. Je ne veux pas non plus vous parler de ces producteurs qui tournent des navetons à la chaîne en écrivant "Ext. Jour. Honolulu" à chaque scène pour aller siroter des Piña-coladas sous le soleil au frais du CNC. Non, c'est encore autre chose, qui s'immisce lentement tel le ver dans la pomme, sans que personne n'y prête attention...

Rappelez-vous dans Jean-Philippe, où on pouvait l'espace d'un plan ou d'une réplique remarquer des renvois à Un Jour Sans Fin ou une ambiance banlieue à la Spielberg. Remémorez-vous Brice de Nice et ses gags façon Farelly Brothers. Souvenez-vous des Deux Mondes, ou Poelvoorde cabotinait dans un décor à la Mad Max...

Et oui. Aussi hallucinant que cela puisse paraître, il semblerait que la comédie française soit prise d'assaut par des gens dont la culture cinématographique ne se limite pas à Fernandel, Claude Zidi et Philippe Clair. Bref, des gens qui ont aimé les mêmes films que vous et moi. Hallucinant, qu'on vous dit.

Ma Vie N'est Pas Une Comédie Romantique semble marquer un pas de géant dans cette future révolution (n'ayons pas peur des mots) puisque dans ce film, on peut tomber, l'air heberlué : sur un héros avec un t-shirt San Andreas, sur une référence à Retour Vers le Futur et même sur la fameuse boutade "dans ton cul"...
Pas étonnant quand on sait que les deux scénaristes, Marc Gibaja et Laurent Sarfati viennent de la pas terrible Minute Blonde, et surtout que ce dernier a travaillé chez Joystick, le magazine de jeux vidéos (expérience reprise telle quelle dans le film).

Mais la référence principale, c'est surtout Quand Harry Rencontre Sally. Le film commence ainsi sur les images du film de Rob Reiner alors que le générique de Ma vie... se déroule. Cette idée signe la note d'intention du film : nous avons affaire à une comédie romantique postmoderne (idée déjà exploitée par The Holiday pile un an avant). Le film reprend donc plein de choses à son modèle (ainsi qu'à d'autres, comme Love Actually) : la coiffure de Meg Ryan, un parc en automne... Mais en enrobant le tout d'un voile de cynisme pour dire qu'on aime bien les comédies romantiques, mais pas trop non plus parce que sinon on pourrait se moquer de nous dans les salons parisiens (le fameux meet-cute a beau se passer au rayon pécu du Huit-à-Huit, ce n'en est pas moins un meet-cute, remplissant sa fonction narrative comme dans toute autre comédie romantique). Ainsi, le film entre en totale contradiction avec son titre, puisque celui-ci, malgré les apparences, est vraiment une comédie romantique, passant par tous les poncifs du genre en faisant style que non (la fin du film est en cela très révélatrice). La vraie question étant de savoir si le personnage, lui-même contradictoire (c'est un cynique insensible en apparence, mais qui pleure devant Quand Harry Rencontre Sally), doit se voir comme une confession des auteurs de leur propre incapacité à assumer en public ce qu'ils aiment vraiment.

Ma vie n'est pas une comédie romantique
Gilles Lelouche vêtu d'un t-shirt GTA. Dans le prochain Guédiguian, Jean-Pierre Darroussin installe Linux


A par ça, la mise-en-scène est comme d'habitude réduite au minimum syndical (champs-contrechamps un peu moches tout le long; Tu donnes la caméra à n'importe quel étudiant en ciné, il te fait la même chose). Par contre, certains dialogues sont plutôt bien écrits, le mélange d'argot et de grammaire foireuse rendant les échanges verbaux un peu plus crédibles qu'à l'accoutumé. C'est pas encore Le Grand Détournement (nd webmaster : ce flim n'est pas un flim sur l'éclectimse), mais c'est un début...

Ceci, allié à des acteurs plutôt convaincants, à des références à la sous-culture (en mettant de côté l'attitude très cul-entre-deux-chaises qu'ont les auteurs face au genre auquel ils s'attaquent), rend le film malgré tout plutôt sympathique et au dessus de la moyenne des comédies françaises qu'on a l'habitude de voir.

Et puis à partir de maintenant, il ne faudra pas vous étonner si dans le prochain opus d'Alain Resnais vous tombez sur Catherine Deneuve accoutrée d'un t-shirt Boba Fett qui chope le screener de Transformers sur la mule, ou encore si dans le prochain François Ozon vous voyez Mathieu Amalric mettre sa race à Melvil Poupaud à la Wii.
5/10
MA VIE N'EST PAS UNE COMÉDIE ROMANTIQUE
Réalisateur : Marc Gibaja
Scénario : Marc Gibaja & Laurent Sarfati
Production : Nicolas Blanc
Photo : Gilles Porte
Montage : Sabine Emiliani
Bande originale : Vincent Courtois
Origine : France
Durée : 1h32
Sortie française : 19 décembre 2007




   

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