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A Bord du Darjeeling Limited Suggérer par mail
Critique par nicco le 2 avril 2008

Le train frères

Affiche A Bord du Darjeeling Limited
Oui j'assume complètement le mot foireux qui ouvre le présent article. S'assumer est d'ailleurs la marotte thématique de Wes Anderson, pour qui le cinéma n'est qu'un immense jouet permettant de jauger la part d'enfance restant en chaque adulte.

Reprenant la dynamique comique de la fratrie farfelue de La Famille Tenenbaum et l'univers du livre d'aventure pour kid de son chef-d'œuvre La Vie Aquatique, Anderson entraîne au fin fond de l'Inde trois frères en froid depuis le décès du père, dans le but de retrouver la mère retirée dans un couvent. Coincés dans un wagon sillonnant une contrée étrangère et mystique, les frèrots vont devoir réapprendre à vivre ensemble durant cette escapade ferroviaire organisée dans le moindre détail par l'aîné cabossé et son assistant chauve.
Depuis Bottle Rocket, Wes Anderson n'a de cesse de confronter ses personnages, tarés régressifs, ado rêveur ou adultes incapables de couper le cordon, à un monde qu'ils tentent en vain de plier à leur convenance, le fantasmant presque tel qu'ils désireraient qu'il soit. Après les frères Wilson jouant aux gendarmes et aux voleurs, Jason Schwartzman en artiste multi-tache ne souhaitant pas quitter son bahut de rêve et un capitaine Cousteau de souvenirs télévisuels en prise avec son Moby Dick en carton-pâte pour mieux oublier les affres de la paternité, Anderson fait littéralement jouer au petit train les fils de la famille Withman. Idée pertinente s'il en est car en plus de permettre l'exploration d'une région propice à la redécouverte d'une certaine sérénité, elle offre également une variation de l'effet sur lequel repose entièrement la mise en scène du cinéaste, à savoir le travelling.

A Bord du Darjeeling Limited
Hé ben, on était loin d'imaginer l'importance de Thierry Gilardi

Ce travelling latéral si cher à l'école du ciné "indépendant" US, qui, allié à une utilisation quasi systématique du plan de demi-ensemble dépouillé, donne cet aspect détaché des choses, ce côté faussement caustique tout en décalage inoffensif des Juno-like à deux francs. Or le talent d'Anderson est d'avoir su faire évoluer ce style pour soutenir la légèreté ludique de son univers : entre la scène des gradins de Rushmore et celle de la réception dans La Vie Aquatique, nous sommes passés d'un effet pouvant paraître tape-à-l'œil tant il jouait un chouia trop dans le registre du "ha ha regardez comme ils sont farfelus" par le biais de travellings latéraux décadrant les personnages (mais avec un sens du découpage supérieur aux fournisseurs officiels de Sundance), à une espèce de chorégraphie quasi expérimentale tant la rigueur, la précision et le montage des mouvements d'appareil arrivaient à jouer sur le fil avec les règles de mise en scène pour installer la patine poétique de son personnage principal. A Bord Du Darjeeling Limited est donc en quelque sorte le film travelling joujou d'Anderson, qui prend un plaisir évident à filmer (transmis aux spectateurs par l'utilisation de beaux ralentis sur ses fameux travellings), mais hélas qui n'utilise ici que trop peu les possibilités de son concept, du moins dans la partie comique du métrage. Car, forcés de quitter le train, les trois frères enfin à l'arrêt (privés de leur jouet coloré) vont être confrontés à un drame les remettant chacun face à leur responsabilité d'adulte, qu'ils fuyaient plus qu'ils ne recherchaient une mère bien peu concernée. Fini de jouer semble dire Anderson, qui force les Withman a s'émanciper de leurs valises, et donc de leurs aïeuls, les bagages étant fièrement ornés du blason familial, ainsi que de toute autre attache matérielle symbolisant un passé encombrant (l'iPod rappelant l'ex girlfriend pour l'un, les effets personnels du père pour l'autre). Message convenu et multi-exploité du rappel aux priorités, qui passe ici avec légèreté grâce au sens du dérisoire de son auteur, d'autant plus qu'en dépit de la redondance de ce rappel au monde adulte dans sa filmographie, Anderson en revient toujours aux mêmes plaisirs simples et naïfs (d'ailleurs les trois frangins lâchent femmes et bagages pour... rejouer au petit train). On attend tout de même qu'il atteigne la station suivante.
6/10
The Darjeeling Limited
Réalisateur : Wes Anderson
Scénario : Wes Anderson, Roman Coppola & Jason Schwartzman
Production : Wes Anderson, Roman Coppola, Scott Rudin…
Photo : Robert D. Yeoman
Montage : Andrew Weisblum
Origine : USA
Durée : 1h31
Sortie française : 19 mars 2008, précédé du court-métrage Hôtel Chevalier de Wes Anderson

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 1 Posté par Wandrille le 02 avril 2008 à 11:41

le côté limité des imageries de ce film ne t'a pas choqué ? Les images d'épinal que tu nous cite (l'ipod, les valises etc...) sont à mon goût le niveau zéro de la métaphore. 
 
Pour ma part, après le magnifique "La vie aquatique", cette carte postale emplie de clichés narratifs sur l'inde et le voyage initiatique m'a laissé un gros goût de cendre dans la bouche. 
 
j'aurais ptet pas du le manger, ce film.
 2 Posté par nicco le 02 avril 2008 à 13:01

Les images d'Epinal ne m'ont pas choqué car elles font partie du concept (livre d'aventure, enfance, régression, tout ça), la métaphore par les objets, si ("message convenu", tout ça), mais la mise en scène fait passer plus facilement.
 3 Posté par pauline le 18 avril 2008 à 20:19

J'ai adoré ce film car je le trouvais poétique sans prétention et remplit de plans magnifiques. C'est pourquoi je le conseille a tout le monde et j'espère que vous l'apprécierez autant que moi ( louvreuse...ton jugement est un peu sévère voire totalement injuste...) :zzz
 4 Posté par nicco le 19 avril 2008 à 21:25

Oui on est sévère mais c'est parce qu'on sait que Wes peut mieux faire et qu'il faut se méfier du relâchement au dernier trimestre.

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